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À propos de la résilience…

Déjà trois mois. Seulement trois mois ?

Les retours de lecture arrivent. Je les poste régulièrement sur la page consacrée. J’ai également des personnes qui me contactent, notamment par le biais de l‘APESAC.
Et des surprises.
J’ai appris hier que Valeurs mutualistes (le magazine de la MGEN) acceptait de l’intégrer dans sa librairie. Honnêtement, j’avais des doutes et pourtant…
C’est un sacré ricochet, car cela peut porter mon témoignage. Pareil pour l’APAEI et handicap.fr.
Alors, je me suis dit… Que j’allais le proposer au Conseil national de l’ordre des médecins… Je pense que la démarche a du sens. On verra bien.

Vous l’avez remarqué, vous qui avez lu mon ouvrage, la colère n’est pas mon fil conducteur. J’ai attendu de l’avoir digérée pour écrire. Parce que la colère, la haine parfois, sont avant tout des freins (dans mon cas). ce sont des sentiments qui soit, me paralysent, soit, me « dispersent ». C’est un état que je n’aime pas parce-que je veux rester maîtresse de moi-même.
Les lecteurs donc, l’ont remarqué, l’ont compris, et je crois, l’ont apprécié. Parfois, les gens sont tellement en colère que l’on a l’impression de se faire engueuler en les écoutant, ou en les lisant. Et c’est très désagréable.
Je pense à l’ouvrage d’Antoine Leïris : Vous n’aurez pas ma haine [Antoine Leiris a perdu sa femme, Hélène Muyal-Leiris, le 13 novembre 2015, assassinée au Bataclan. Accablé par la perte, il n’a qu’une arme : sa plume.
À l’image de la lueur d’espoir et de douceur que fut sa lettre « Vous n’aurez pas ma haine », publiée au lendemain des attentats, il nous raconte ici comment, malgré tout, la vie doit continuer.
C’est ce quotidien, meurtri mais tendre, entre un père et son fils, qu’il nous offre. Un témoignage bouleversant.]
Je pense aussi à Stéphane Voirin, le mari d’Agnès Lassalle, la professeure d’espagnol poignardée, je pense à ses pas de danse devant le cercueil de sa compagne. Leurs mots, ses pas de danse nous ont apporté tant. En humanité.
Il ne faut pas croire que la résilience est simple. Refuser la colère ne signifie pas refuser le chagrin, encore moins la souffrance. cela ne veut pas non plus dire qu’on les accepte. C’est choisir de ne pas en faire un mur infranchissable. Pour continuer d’avancer.
Et si la résilience était une stratégie ?
Quand j’étais prof, j’avais pour habitude de baisser le ton de ma voix lorsque l’on ne m’écoutait pas. D’abord parce-que crier me fait bafouiller, voire même bégayer. Je rougissais, je bafouillais, je postillonnais. Bref, j’étais ridicule. J’ai donc décidé de parler doucement. Et cela a marché.
C’est pareil pour l’écriture. Être en colère en continu, c’est écrire un livre en lettres majuscules et le ponctuer de points d’exclamation. Cela devient illisible. Je préfère les points de suspension… Ils laissent le champ libre à la réflexion. je préfère le point, qui a la valeur d’une déclaration. Points contre poings, en quelque sorte.
En ce qui concerne l’écriture de cet ouvrage. Je sais que certains pensent que « je ne vais pas assez loin ». Je ne donne pas de noms.
Cela me renvoie à un autre ouvrage « Une lumière dans la nuit » consacrée à mon arrière-grand-mère Clara, morte en déportation, après dénonciation. Lorsque je l’ai écrit, j’ai expliqué que je refusais de nommer la personne qui l’avait assurément envoyée à Ravensbrück. Certains me l’ont reproché (notamment un éditeur). Une fois encore, on a pensé (quelques personnes) que « je n’allais pas assez loin ». Parce que je refusais de jeter l’opprobre sur une famille ? Mais ce qui était important, c’était de mettre dans la lumière le geste de Clara, et de ses compagnons d’infortune.
Ce n’était pas le hasard n’est pas un réquisitoire contre les médecins. Non. C’est plutôt la dénonciation d’un système, d’une société qui oublie l’Humain, pour faire passer le profit, souvent. Un système qui a perdu de son âme. Une parole scientifique qui oublié parfois que l’on parle d’humain. Qu’une femme enceinte attend un enfant, elle ne porte ni un embryon, ni un fœtus. Que des phrases comme « s’il y avait un problème, on la ferait avorter » est inaudible pour les « civils ». Que la mort d’un enfant ne saurait se résoudre ni un acronyme (MSN, MSIN, …) ni à un pourcentage, celui des pertes, dans un monde profit. Que nos enfants, leurs souffrances, leur handicaps, leur mort, ne peuvent en aucun cas être considérés comme des « dommage collatéraux ». Je crois qu’à un moment, la parole médicale s’est « décomplexée ». Je me rappelle cette femme, médecin très « efficace », reconnue des siens (et à juste titre), qui a osé dire devant moi, en auscultant ma fille de trois mois, la veille de son opération : « vu l’état de son cœur, je ne comprends pas que l’on ait pas obligée la mère à avorter ». Le fait qu’elle l’ait pensé ne me choque pas. Mais je dénonce le fait qu’elle ait pu le dire devant moi.
C’est pour cela que j’ai fait le choix de proposer mon livre au Conseil national de l’ordre des médecins.
Je ne sais pas si cette démarche aboutira. Je verrai bien. Mais quoi qu’il en soit, j’aurais essayé…

À bientôt…

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